Itinéraires proustiens

Itinéraires proustiens à Illiers-Combray

« Et dans une des plus grandes promenades que nous faisions de Combray, il y avait un endroit où la route resserrée débouchait tout à coup sur un immense plateau fermé à l'horizon par des forêts déchiquetées que dépassait seule la pointe fine du clocher de St Hilaire, mais si mince, si rose, qu'elle semblait seulement rayée sur le ciel par un ongle qui eût voulu donner à ce paysage, à ce tableau rien que de nature, cette petite marque d'art, cette unique indication humaine. »

Chemin des aubépines

« Je le trouvais tout bourdonnant de l'odeur des aubépines. La haie formait comme une suite de chapelles qui disparaissaient sous la jonchée de leurs fleurs amoncelées en reposoir; au-dessous d'elles, le soleil posait un quadrillage de clarté, comme s'il venait de traverser une verrière.
C'est au mois de mai que je me souviens d'avoir commencé à aimer les aubépines. N'étant pas seulement dans l'église, si sainte, mais où nous avions le droit d'entrer, posées sur l'autel même, inséparables des mystères de la célébration desquels elle prenaient part, elles faisaient courir au milieu des flambeaux et des vases sacrés leurs branches attachées horizontalement les unes aux autres en un apprêt de fête, et qu'enjolivaient encore les festons de leur feuillage sur lequel étaient semés à profusion, comme une traîne de mariée, de petits bouquets de boutons d'une blancheur éclatante... »

« Au haut des branches pullulaient mille petits boutons d'une teinte encore plus pâle qui, en s'entrouvrant laissaient voir, comme au fond d'une coupe de marbre rose, de rouges sanguines et trahissaient plus encore que les fleurs, l'essence particulière, irrésistible de l'épine, qui partout où elle bourgeonnait, où elle allait fleurir, ne le pouvait qu'en rose »

Le viaduc

« Parfois nous allions jusqu'au viaduc, dont les enjambées de pierre commençaient à la gare et me représentaient l'exil et la détresse hors du monde civilisé, parce que chaque année en venant de Paris, on nous recommandait de bien faire attention, quand ce serait Combray, de ne pas laisser passer la station, d'être prêts d'avance, car le train repartait au bout de deux minutes et s'engageait sur le viaduc au-delà des pays chrétiens dont Combray marquait pour moi l'extrême limite... »

Les ruines du château

« Ils étaient semés des restes, à demi-enfouis dans l'herbe, du château des anciens comtes de Combray qui au moyen-âge avait de ce côté le cours de la Vivonne comme défense contre les attaques des sires de Guermantes et des abbés de Martinville. Ce n'étaient plus que quelques fragments de tours bossuant la prairie, à peine apparents, quelques créneaux d'où jadis l'arbalétrier lançait des pierres, d'où le guetteur surveillait, aujourd'hui au ras de l'herbe, dominés par les enfants de l'école des frères qui venaient là apprendre leurs leçons ou jouer aux récréations... »